dimanche 13 janvier 2013

Cours n°12

Cours 12


Le Professeur nous a rendu les copies du devoir facultatif, qui portait sur la synthèse d’un des cours proposés durant le semestre. Il nous a félicité, notamment l’amphithéâtre de cette promotion, pour l’assiduité avec laquelle nous avons suivit le cours, mais surtout l’échange qui s’est crée à travers les différentes notions évoquées, et son impact sur nos connaissances et nos consciences. Je suis certains que nous lui sommes tous reconnaissants.

Le Professeur est revenu sur les notions fondamentales du mythe. Il a pris l’exemple de Rousseau qui disait: «  On ne ne peut d’autant mieux s’approcher de la vertu, quand on a connu le vice ». La vertu et le vice sont des notions complémentaires, intriquées dans le langage du mythe: on ne peut les dissocier. Par exemple, savoir être sobre, c’est aussi savoir s’adonner à l’alcool dans une certaine mesure: ici la notion de hybris et sofrosyne sont indissociables.

(Note: « Sofrocyne » et « Hybris » , se prononcent respectivement sofrosune et hubris)

Il rappelle qu’il n’y a pas de pêchés, mais plutôt des penchants qu’il nous faut écouter pour ne pas en être les esclaves. Ecouter ne signifie donc pas céder, mais plutôt accepter ne lâchant prise vis-à-vis de nôtre raison et nos certitudes. Lorsque nous qualifions Dieu de « grand », il en va de nos repères et de nos certitudes qui vont à l’encontre du mythe: Dieu est absolu, il et hors de tous repères ou qualificatifs tel que le commencement et la fin, car il est éternel.

Le professeur nous a aussi évoqué deux schéma de labyrinthes, dont le second est la clé à l’ Encathaleipsis, le lâché prise:

- Le premier schéma, représente un labyrinthe à plusieurs entrées, mais dont une seule conduit au centre, à la solution: il en va de nôtre raison et de nos repères, afin d’élucider laquelle choisir.

-Le second schéma est celui d’un labyrinthe où il n’y a pas de centre. C’est un labyrinthe dans lequel il faut se perdre, se laisser emporter et lâcher prise, pour pouvoir finalement se trouver: c’est nôtre propre labyrinthe, fait de paradoxes et des contradictions qui nous définissent en tant qu’individus ou « étant ».

Nous pensons être les maîtres de nos vies, avoir le contrôle sur nôtre environnement, mais n’est-t-il pas vrai que nous sommes en tant qu’ « étant », perpétuellement frustrés de sentir que nos vies nous échappes? Nous nous aimons pour ce que nous représentons, et non pour ce que nous sommes, parce que nos propres raisons ne peuvent supporter les contradictions que nos êtres impliques.
Le professeur utilise le personnage d’Hercule, pour montrer que ce dernier ne choisit pas sa route, mais quel qu’elle soit, il la vit pleinement. Si la vie était un filet d’eau coulant sur nos mains, il faudrait essayer de ressentir les moindres gouttes qui coulent et qui tombent, plutôt que de tout faire pour la retenir et la conserver.


Nous avons choisi une citation du film « Matrix », et notamment du personnage de l’oracle s’adressant au protagoniste, pour illustrer nos propos:

« Tu n’es pas ici pour faire un choix. Ce choix, tu l’as déjà fait. Tu es ici pour comprendre pourquoi tu as fait ce choix ».

Quels que soient nos choix, nôtre destin est scellé par la mort. Il ne s’agit pas d’être fataliste, car il n’y a que en tant que « étant » que nous nous représentons la mort comme une fin, mais plutôt de comprendre que les choix que nous faisons, ne sont pas la conséquence de ce que nous représentons, mais des manifestations de ce que nous sommes. Il faut savoir lâcher prise pour pouvoir comprendre nos choix et finalement nous retrouver nous mêmes.

Une question d’un étudiant: Comment ce fait t-il que nous avons subit une régression du mythe à la raison?

Réponse:

Il n’y a pas eu de régression. Dans le monde existe un principe physique, appelé entropie, et qui explique que tout phénomène à l’origine d’une dynamique tend à une déperdition d’énergie, mais entraîne aussi la formation d’une autre énergie, intrinsèque à cette dynamique: rappelons le mouvement mythique de rotation, le « speïra », qui accompagne une transformation, le passage d’une forme à une autre. Il fut un temps dans les cultures où la pensée était foisonnante. Elle ne régressait en rien. Il est alors arrivé une révolution de l’écriture, qui est restée figée et cette résistance à la connaissance a elle-même été créatrice d’une autre énergie: la synthèse des connaissances. Il n’y a pas eu de régression, mais un phénomène appelé paresse: l’encyclopédie a simplifiée le monde, avec des hommes capables de tout connaitre, et qui n’ont donc plus eu besoin de se connaître Dieu pour expliquer le monde. L’athéisme grandissant est lié à la notion d’argent: pourquoi nous connaître nous même lorsque tout est échangeable, achetable? Pourquoi ne pas se représenter dans se que nous achetons, et donc dans la continuité, ce que nous vallons?

En quoi la science est-t-elle une croyance?

Réponse:

Une croyance est un salut: on pense qu’une croyance va nous permettre d’expliquer ce que l’on ne peut percevoir, et donc sauver notre raison. On peut croire en la science, avec l’exemple de traitements médicamenteux qui soignent des maladies graves. Mais si nous ne croyons pas à la vertu médicale d’un traitement, nous ne le prenons pas. Nous ne sommes donc guéri que par nos croyances. Ce n’est pas tant le remède, que la croyance que nous avons en un remède qui nous soigne, et l’effet Placebo est la preuve que nous avons une forme de guérison en nous même. Nous enlevons le pouvoir de guérir d’un individu lorsque nous lui enlevons ses croyances. Cette usurpation est notable chez les médecins occidentaux, qui dictent les croyances concernant ce qui guéri ou non.

Il est nécessaire de croire en la vérité, car elle nous aide dans l’illusion de l’existence, à faire face à notre système de perception, notre réalité, et à vivre pleinement.

Le mythe est le battement entre les complémentaires. C’est à nous de savourer ce battement d’un complémentaire à l’autre, et de remettre en question les croyances qui nous définissent en tant que « étant ».

Cours n°11

Cours 11


L'extrait de Proust concernant la petite madeleine fait écho à une notion, celle de la « Tuchè » . Cette notion est ce qui lui « tombe dessus » sans qu'il ai la moindre prise, il s'agit de l'encataleynis. Il a beau retenter l'expérience, y appliquer sa raison, rien ne se passe, le mythe lui est invisible. Tout ce qu'il lui a été donné à travers « tuchè », le « soit », est ce qui l'a fait tressaillir. C'est un tremblement de l'être, de soit même. Quelque chose fait écho dans le corps de Marcel. Il y a la volonté de connaître la cause du tressaillement. Plus on essaye d'appliquer la raison, de se rappeler, et plus le souvenir nous échappe. La madeleine de Proust déclenche ce souvenir, il revit une scène du passé, de son enfance. Dans la première partie du livre « A la recherche du temps perdu » on peut trouver l'épisode de la petite Madeleine qui lui permet d’évoquer et de se souvenir de toute son enfance.

« La mémoire est nécessaire à toutes les opérations de l'esprit »
Pascal

Cette expérience de la petite madeleine déclenche chez le narrateur « le plaisir délicieux » qui accompagne les souvenirs du monde oublié de l’enfance. Ceci désigne un acte, apparemment négligeable, mais qui porte une charge émotionnelle et qui nous rappelle quelque chose du passé.

Zeus après s'être métamorphosé en serpent, il avala le cœur de Zagreus et parvient ainsi à lui donner naissance une seconde fois, l'enfant est nommé Dionysos et est la réincarnation de Zagreus, d'où une étymologie proposée pour le nom de Dionysos : « deux fois né ».

Les deux vies, Zagros et Dionysos, ont un rapport en tant que point d'origine et du phénomène de la madeleine. Pour voir ce rapport du souvenir à la réincarnation d'un être, il faut se donner au mythe, s'ouvrir. Il faut se laisser percuter par l'événement et laisser nos préjugés de côté pour s'admettre à ce mythe. Le mythe n'est pas spécifique à ce phénomène. Proust a deux origines, celle de l'enfance à laquelle il accède en mangeant la madeleine et qui fait parti du passé et l'origine de l'adulte, son moment présent. Ces deux origines aussi éloigner l'un d'entre elles, se font écho.

Le mythe est à chercher dans l'ensemble de cette histoire. Il est en fasse de quelque chose qu'il ne peut pas percevoir mais qu'il peut réaliser. La liberté du narrateur est créatrice. Par l'imagination et le travail de l'hippocampe (structure du cerveau des mammifères. Il appartient notamment au système limbique et joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale. Wikipedia) Proust se laisse envahir par cette sensation, il laisse le choix à son esprit de rentré dans ces souvenirs d'une vie lointaine. Son enfance était enfuie en lui, et cette « clé » qui n'est autre que la madeleine lui fait remonter à la surface ses souvenirs.







Il y a dans les œuvres, quelque chose qui est en nous, et qu'il faut laisser monter. Ce qui « tombe » doit « être », c'est notre « tuchè », notre soit , qui réalise ce pourquoi nous sommes là. La « lumière » représente le « quelque chose » qui se donne à voir et qui se mettrait dans sa lumière, référence à l'« Épiphanie ».Qui est un mot d'origine grecque, (Epiphaneia) qui signifie « manifestation » ou « apparition ». L'utilisation du terme est antérieure au christianisme. Les «Épiphanes» sont, dans la culture grecque, les divinités qui apparaissent aux hommes, comme Zeus, Athéna, Hermès, Héra, Poséidon, Déméter, Héphaïstos, Aphrodite, Arès, Artémis, Hestia, Dyonisos, Apollon...(Wikipedia). L'épiphanie désigne aujourd'hui une fête chrétienne qui célèbre le Messie venu et incarné dans le monde et recevant la visite et l'hommage des rois mages. Elle a lieu le 6 janvier.

On ne sait pas pourquoi mais il y a une évidence essentielle qui était la avant nous et qui sera la après nous. La phrase de Proust suit le circuit d'un labyrinthe. Il y a une invitation à se perdre dans ces méandres, comme le boustrophédon (Une écriture boustrophédon est un système qui change alternativement le sens du tracé ligne après ligne, à la manière du bœuf marquant les sillons dans un champ, allant de droite à gauche puis de gauche à droite, Wikipedia) qu'il faut suivre d'une manière particulière, tel un labyrinthe. Proust nous donne à lire ce que l'on a à penser.

La concentration ne marque pas, elle est comme vicieuse, quand on cherche un objet on ne va pas le trouver puis quand on arrête de chercher on fini par le trouver. C'est la même chose avec les idées, nous avons nos idées quand nous ne réfléchissons pas. Les rêves peuvent être une porte à notre subconscient pour trouver ces idées.

Il s'agit d'une dimension involontaire, il y a une voix intérieure qui nous dit qu'on a perdu le file et on le retrouve après. Proust nous distrait pour arriver à cette fin. C'est quelque chose qui va nous échapper, que l'on ne peut pas apprendre. Il faut du courage, celui de ne pas abandonner pour aller au bout de cette pensée. On est effleuré par quelque chose sans savoir ou se rappeler de ce qui s'agit.








D'après Socrate, il peut rester 24h immobile pour essayer de ressentir ce qui le percute. L'encataleipsis est ici présent, l’accès possible au mythe par le lâchage, la prise de risque, le traumatisme, l’oubli. Cette manifestation qui va venir nous percuter est proche de l'hypothèse. Il n'y a ni pensé, ni avant, ni sommeil, on est dans un présent direct. Rien n'existe autour, ça nous tombe dessus (tuchè), on est éprit de nous même.

Prenons l'exemple de l'étudiant qui s'exprime à une assemblée. Il est dans le présent direct, rien n'importe autour, il n'est pas en train de réfléchir. Ce qui sort de sa bouche est une spontanéité et une vérité. Le courage est aussi présent. On est plus du tout responsable, c'est de l'ordre du réflexe ou plutôt de l'ordre d'un ravissement de soit. Se serait du sens joyeux, ou d'un kidnapping, quelque chose nous enlève de notre réalité.

C'est par le corps que l'on peut approcher du mythe et non dans la réflexion et la connaissance. L'essentiel est de se rendre compte que ce que j'écris n'est pas essentiel. La nécessité d'intervenir même si personne veut prendre la parole. Quand nous commençons à parler, les mots arrivent comme par magie. Les mots se précipitent plus vite qu'on ne le pense, comme si nous ne contrôlions pas nos paroles.

Après avoir parlé on a l'impression d'avoir fait quelque chose de juste. On devient créateur. On est gouverné par une force mythique. Nous pouvons dire que la vrai parole mythique est le cri car c'est la seule parole qui est aussi un acte, comme le bébé. Un bébé s'exprimera par le cri, pour dire « j'ai faim »...La où est l'équivalent de l'action. La peinture, « Le cri » qui est un tableau expressionniste de l'artiste norvégien Edvard Munch peint entre 1893 et 1917 illustre bien la parole exprimé, même si nous n'entendons pas ce cri nous pouvons l'imaginer par le souvenir d'expérience antérieur et de notre mémoire (madeleine de Proust).







Nous sommes alors entiers dans notre parole. Ce cri est percutant, il porte l'incapacité du personnage à supporter une telle perte. Une référence flagrante serait au personnage d' Al Pacino qui lance un cri muet dans le « Parrain » pour intensifié l'action.




 Le parrain



Il semble qu'il y ait des êtres qui sont aptes à manifestés le mythe. C'est la que « tuchè » rentre en jeu, on va réaliser de toute façon ce pourquoi on est là. Notre présence est une manifestation de quelque chose.

Le meurtrier du Connecticut incarne les effets dévastateurs que peut posséder l'être humain, ce qui en fait un fou et un héros du mal. Il y a quelque chose lié à l'addiction qui rends les tueurs possédés et dont seul le mythe peut répondre de leurs actes. Le mythe suit son cour, avec de la souffrance, et du sang aussi.

Il y a une lettre de Platon qui est épistolaire. C'est dans cette lettre que se trouve une définition du mythe, « Le mythe est le plaisir sans remord de celui qui sent ce qui ne peut être autrement dit »
Le plaisir sans remord désigne le ravissement sans moralité. Celui qui sent est la personne possédée. Il sent mais ne peut pas exprimer. 

Platon a dit que « si vous croisez un homme qui écrit quelque chose sur un sujet ou qu'il en parle, il y a fort à parier qu'il n'y connaît rien. » Dès lors que l'on exprime quelque chose, on déforme le mythe, on le trahi.