Définitions :
Avatar :
(Dictionnaire de
l'académie française)
Emprunté
du sanscrit avatara, « descente
sur terre d'êtres supraterrestres », composé de ava, « en
bas », et d'un dérivé de tarati, « il
traverse ».
Catharsis :
(Dictionnaire
de l'académie française)
Emprunté
du grec katharsis, « purification,
purgation ».
Penchant :
(Dictionnaire
de l'académie française)
Propension,
inclination naturelle
.
La
notion de démembrement.
Il
y a un lien indéniable, un tressage entre Dionysos et Zagreus, dans
le mythe de Zagreus et des titans :
Héra
envoie des titans à la poursuite de Zagreus enfant, dans le but de
le tuer. Les titans vont réussi à amadouer Zagreus avec des jouets
et notamment des miroirs : Zagreus se donne à la multiplicité
des miroirs qui lui sont présentés. Zagreus se voyant dans ce se
jeu de miroir, éprouve un plaisir de ce qu'il ne possède pas :
il possède l'unité mythique, il est « un ». A travers
les miroirs il passe de l'unité à la multiplicité, en se
dédoublant dans ses reflets. Les titans vont le démembrer, le
mettre en pièce et dévorer son corps à l'exception de son cœur :
il rejoint le mythe de Dionysos car tout comme lui il est dévoré
par les titans et la seule partie qui restera de son corps sera le
cœur. Ils sont tous deux disloqués dans la multiplicité : il
sont éparpillés dans le tout, et donc sont donc assimilés par
l'univers. Le cœur, que ce soit celui de Zagreus ou de Dionysos,
sera recueilli par Athéna. Dans le mythe de Zagreus, le cœur sera
donné à Zeus qui l'implantera dans une jeune vierge : Sémélé.
Cette transplantation du cœur de Zagreus a un lien direct avec celle
de Dionysos : il représente le cœur de Dionysos. Il y a un
tissage entre ces deux personnages qui peut amener à représenter
Zagreus comme l'avatar
de Dionysos.
Le
caractère réel du mythe quel que soit sa version rejoint l'aspect
d'un réseau, d'un labyrinthe, d'une transplantation entre mythe et
d'un tissage des éléments : ici le cœur représente ce lien à
travers le tissage et la transplantation.
Nietzsche
possède une théorie qui s'illustre à travers Dionysos et Apollon :
« À
Apollon correspond la contemplation sereine du rêveur qui a cessé
de vouloir, c’est le dieu de l’individualité, de la mesure, de
la conscience. Dionysos au contraire nie le principe d’individualité
pour célébrer sauvagement la réconciliation de l’homme avec la
nature. »
Il
fait l’erreur d'opposer Apollon et Dionysos car dans le mythe, ces
deux êtres ce sont pas des contraires : ils se complètent.
Le
tressage mythique possède un analogie significative avec la
génétique et notamment le brassage génétique : nous
représentons un brassage de gènes qui perdurent et se mélangent,
se tressent depuis des générations et qui se se manifeste à
travers notre existence. Si l'on élargie ce schéma à l' « être »
que nous représentons, nous sommes constitués de milliers de
fragments d' « êtres » : nous sommes
kaléidoscopique.
Zagreus
est un personnage qui s'est démultiplié dans l'éternité mythique.
Dans la continuité de ce raisonnement, on peut affirmer que l'humain
possède en lui une partie de l'unité de Zagreus, dans le tressage
mythique qu'il représente.
Représentation
du démembrement :
Le
personnage de gauche porte le Thyrse : un long bâton évoquant
un sceptre, orné de lierre et surmonté d'une pomme de pin, qui est
l'attribut majeur de Dionysos. Dionysos regarde le personnage du
milieu qui a le même physique que lui : ce personnage porte un
enfant désarticulé, démembré, qui résulte d'un sacrifice, d'un
rituel qui touche la multiplicité. Le personnage de droite,
physiquement semblable aux deux autres, semble être un initié qui
prenait part au rituel : on pourrait croire qu'il fuit la scène.
Il semble fui épouvanté par le sacrifice : en réalité il ne
l'est pas car il continue de regarder la scène même si il marche
dans le sens opposé.
L'enfant
qui est dans les bars du grand prêtre est Zagreus qui rappelons le,
est l’avatar de Dionysos. Ainsi le dieu ordonne son propre abandon,
sa propre multiplication. Il passe de l'unité au multiple par le
démembrement. Le dieu Dionysos à gauche est aussi le personnage du
milieu : il ordonne donc son propre démembrement. A droite, le
personnage est aussi une représentation de Dionysos qui avance en
regardant derrière lui son propre sacrifice : il n'est pas dans
la fuite.
La
signification de son acte est la suivante : il va dans une
direction qui représente « ce qu'il va devenir », tout
en regardant « ce qu'il a été ». Il n'oublie pas qu'il
est à l'origine d'une démultiplication et se dirige vers son
« destin », ce qu'il va devenir. On ne grandit pas
indépendamment de ce que l'on fut mais en demeurant ce que l'on a
été : l'homme grandit à partir de l'enfant qu'il est. Pour
imager ces propose, nous pouvons prendre l'exemple de la plante qui
regarde vers le ciel, et qui pousse vers le haut, mais qui pousse
grâce à ce dont elle se nourrit dans le sous sol où demeurent ses
racines.
Cette
signification a un rapport direct avec les Moires,
qui sont les déesses du destin. Elles sont trois divinité :
Clotho, Lachésis et Atropos. Leur rôle est de « dispenser aux
hommes les biens et les maux ». Clotho signifie « la
fileuse », elle st celle qui tresse « le destin ».
Lachésis signifie « la réparatrice », elle est celle qui
tient la bobine de fil et qui le déroule. Quand à Atropos, qui
signifie « l'implacable » ou « celle qui ne se
tourne pas », elle est celle qui coupe le fil. Leur travail de
filage s' achève au moment de la naissance et se poursuit pendant
toute la vie d'un être jusqu'au moment où tout le fil a été
entièrement déroulé du rouet : Atropos coupe alors le fil.
Leur
représentation dans « Le
Triomphe de la mort ou les
Trois Destinées, tapisserie
flamande (v. 1510
-1520
) »,
est très similaire à la représentation de Dionysos que nous avions
évoqué précédemment. Dans cette représentation, les trois
divinités danse sur une femme qui représente « Cathareuetes »,
la Catharsis.
Cathareuetes signifie « celle qui est élaguée, purifiée ».
C'est une vierge, qui représente la pureté originelle, dans le sens
ou elle n'a pas encore la capacité d'expérimenter, d'aimer ou être
aimé. Les trois divinités dansent sur elle pour émettre un
symbole : celui d'une continuité, d'un battement, d'un élagage
, pour favoriser son développement. C'est une vierge qui est dans
l'attente de son destin et qui sera « formée » à partir
du moment où le sort de son existence sera donné par les
divinités : elle est dans l'attente du tressage de son destin.
Dans cette représentation, Clotho et Lachésis sont les seules à
regarder le spectateur : Atropos « l'impassible »
est la seule à détourner le regard : le même regard de
Dionysos qui regarde son propre sacrifice.
Cette
représentation rejoint celle de Dionysos dans le sens où elle
représente la multiplication que chacun de nous est ou devient :
le tressage mythique lié à la multiplicité, que l'on retrouve à
travers la notion de « destin ». Cette multiplicité
qu'évoque Dionysos se traduit par « les biens et les maux »
que les Moires distribuent aux hommes. Ce ne sont pas des contraires
dans le mythe, mais des notions qui, rappelons le, se complètent.
Ainsi,
pour se connaître soit même, il faut s'abandonner à cette
multiplicité : accepter d'être à la fois bon et mauvais, laid
et beau. Il faut accepter l'intrication des complémentaires. Nous
continuons d'être des monstres (« celui qui montre »),
lorsque nous voulons justifier nos penchants. S'abandonner signifie
que nous acceptons de faire apparaître l'épanouissement : nous
n'avons plus rien a démontrer, à justifier de nos bons et mauvais
côtés car nous sommes purifiés par l'acceptation de cette
multiplicité. Nous ne sommes alors plus que des « étant »
avec toutes les contradiction qu'il implique.
S’abandonner
à une multiplicité, c'est refuser de ne considérer que le bon
penchant et accepter que dans le bon penchant il y a un mauvais
penchant et vice versa (le yin et le yang). Il s'agit d'accorder
toute sa valeur à son instinct bestial : la beauté de
l'existence n'est pas dans le souhait de devenir un saint. Hors de la
notion de Saint ou de Démon, il faut réussir à ressentir le
tressage qui nous entoure et se décentrer de ses propres
certitudes : le « moi je pense », « moi je
dis ».
Le
mythe de l'androgyne est de considérer que nous avons une part de
féminité et de masculinité, en chacun de nous, en plus d'une part
qui nous pousse à aller vers les autres : le genre « un ».
Ce genre peut être considéré comme neutre, et représentatif du
tressage qui nous constitue et qui nous pousse à créer des liens,
un tissage avec les autres et leur multiplicité. Ce genre sera
d'ailleurs combattu par les dieux Olympiens car ils ne représentent
que le genre masculin ou le genre féminin.
Cet
abandon de soi se nomme : ENCATALEIPSIS. C'est
l'acceptation du risque, du changement, du dynamisme.
Dans
la représentation Dionysiaque, le personnage de droite qui regarde
en arrière et qui cour vers l'avant défini ce dynamisme : il
ne fuit pas ce sacrifice, mais il le regarde pour se souvenir qu'il
provient de ce sacrifice et qu'il se dirige dans une direction qui
vient de ce sacrifice.
Prenons
l'exemple des moines du Sinaï :
Ils
combattent la tentation de la chair, la « pornographia »,
l'avarice, la colère et tout les vices attribués à l'homme. Malgré
leurs efforts et leur combat, il reste encore un démon en eux, qui
fait ressortir tous les autres : celui de la « vaine
gloire ». La vaine gloire représente le désir d'obtenir de la
considération à travers un acte héroïque, même si cet acte
représente un accomplissement personnel et qu'il est hors de toute
intentionnalité.
Ce
phénomène met en avant l'idée nous en avons jamais fini avec la
tentation et les penchants.
Il faut se réconcilier avec ses penchants en considérant que dans
le mauvais penchant, il y a aussi le bon penchant.
Nous
existons à travers l'abandon au penchant : ce n'est pas une
régression, mais plutôt un « lâché prise » de nos
certitudes.
Le
professeur utilise un exemple de la vie courante pour illustrer ces
propos :
Lorsque
nous avons un ami qui nous annonce une très bonne nouvelle, nous
allons dans son sens. On va apporter à cet ami ce qu'il attend de
nous : une écoute. Il a besoin que l'on se « penche »
vers lui. Dans ce penchement, on peut se découvrir une capacité
d’hypocrisie. Mais c'est surtout une capacité d'écoute qui se
révèle lorsqu'on va dans son sens : elle nous procure de la
joie. Fondamentalement, la nouvelle de notre ami ne nous intéresse
pas : mais dans l'écoute de l'autre, nous abandonnons nos
certitudes, et nous acceptons de nous comprendre.
L'
Encataleipsie est aussi la faculté que nous avons à nous étonner
lorsqu'un événement remet en cause nos certitudes.
Nous
avons choisi le film « V pour Vendetta » (James McTeique
2006), pour mettre en valeur la notion de multiplicité et de
tressage mythique :
Dans
se film, l'héroïne Evey Hammond, va être torturé et interrogé
dans le but de découvrir l'identité d'un dangereux criminel aux
yeux de l'état. Elle va alors s'abandonner à elle même et oublier
toute ses certitudes : elle se rapproche de son être et du
mythe, à travers son expérience d'Encataleispsis qu'elle vit dans
sa cellule. A sa sortie, la première chose qu'elle fait est de
sortir à l'air libre sous la pluie, et plus proche que jamais de son
être et du mythe elle dit : « Dieu se trouve dans chaque
goutte de pluie ». Elle exprime ainsi, de façon imagée, la
multiplicité de Dieu et du mythe qui se trouve en chacun de nous et
en chacune des particules de l'univers. En se rapprochant d'elle même
et de son « être », elle s'est aussi rapprochée du
tressage et de la multiplicité mythique.
Le
banquet de Platon et l' Encataleipsis
(corpus
3)
Le
banquet de Platon se définit en deux moments : le moment qui
ouvre le banquet et le moment qui le ferme.
C'est
l'historie d'Arsitodème qui accompagne Socrate au banquet d'Agathon.
Il est invité par Socrate, qui a un penchant pour cet ami. Les
compagnons marchent vers la demeure d'Agathon lorsque Socrate qui
ralenti sa marche au fur et à mesure, demande à son compagnon
d'aller vers la maison sans se soucier de lui. Aristodème arrive
seul chez Agathon, qui l’accueille avec une hypocrisie
bienveillante en lui demandant où est Socrate. N'ayant pas de
réponse, Agathon envoie un esclave à sa recherche : il a
trouvé Socrate prostré dans le vestibule des voisins. Le banquet
commence sans Socrate qui n'arrivera qu'à la moitié du festin :
les convives commencent alors à disserter sur l'amour. Quand Socrate
arrive, Agathon lui demande ce qui l'a retenu dans ce vestibule :
on se saura vraiment la signification de cette prostration que à la
fin du banquet. On apprend alors que Socrate est dans le « pli
de sa pensée » : son esprit se situe à la formation de
sa pensée, il est en connexion avec le mythe. Il s'est abandonné à
lui même et ses penchants. Socrate, dans ce vestibule, vit un état
d'Encataleipsis : il lâche prise, et abandonne ses certitudes.
On ne saura pas ce qui s'est passé dans la tête de Socrate à ce
moment précis.
Le
vestibule représente l'espace devant la porte des demeures :
c'est un espace sacré où parfois les morts sont enterrés. Ce n'est
donc pas une coïncidence si sa connexion avec le mythe se fait dans
se vestibule : il est en totale résonance avec ses ancêtres,
qui représentent dans le tressage mythique, ce qu'il a vécu et ce
qu'il est en train de vivre. Il se trouve dans un état qui est hors
de tout raisonnement : il se trouve en approche avec son être.
Lorsqu'un
ami nous confie une lourde pensée, qui touche nos émotions, il se
produit un phénomène de concentration maximal : on écoute son
ami au point d'être frappé par ses dires de manière à ce que cela
nous renvoie à notre propre sensibilité. Nous oublions nos
certitudes et entrons en état de Encataleipsis. Cet état est
temporaire, et lorsque l'on s'abandonne à cette dynamique, il se
produit une coïncidence : il y a un penchant pour l'autre, qui
entraîne un phénomène d'identification de son être dans les
propos de l'autre. A travers l'écoute de l'autre se produit en nous
un phénomène de catharsis.
Il
faut donc être en résonance avec l'autre pour finalement se
retrouver en résonance avec soi même.
Dans
la seconde partie du banquet, il y a des fêtards qui prennent part
au festin et tout le monde se morfond dans l'ivresse de l'alcool. A
la fin du banquet, tout le monde dort ivre mort, sauf Aristodème qui
se réveille et qui décrit la scène qu'il voit. Il raconte que à
la levée du jour, à l'aube, une révélation se manifeste :
Aristophane, Agathon et Socrate sont toujours assis à discuter et à
boire. Socrate n'est pas ivre et son discours est la mise en mot de
ce qu'il a perçu dans le vestibule. Il dit à Agathon qui est auteur
de tragédie, et Aristophane auteur de comédie, que le dramaturge
est fondamentalement celui qui fait des tragédie et des comédies.
Ses propos signifient que l'unité mythique émerge dans la
multiplicité.
Socrate
devient mythe alors qu'il n'est pas encore mort. Il boit la cigüe,
condamné comme celui qui a corrompue la jeunesse en lui donnant la
possibilité d'avoir une liberté de penser. Socrate aurait pu fuir
et partir mais il lâche prise et décide de se laisser exécuter :
il meurt.
Ses
dernières paroles çà ses disciples effondrés sont :
« N'oublie pas, nous devons sacrifier un coq à Asclépios ».




