Cours 8
Définitions :
Hybris : (wikipédia)
L’ Hybris est une notion grecque que l'on peut traduire par démesure. C'est un sentiment violent inspiré par les passions , et plus particulièrement par l'orgueil . Les Grecs lui opposaient la tempérance, et la modération . Dans la Grèce antique , l’ Hybris était considérée comme un crime . Elle recouvrait des violations comme les voies de fait , les agressions sexuelles et le vol de propriété publique ou sacrée.
Traduction du Grec :
Epidemia :
Qui circule dans le peuple.
Qui circule dans le peuple.
La notion d' Hybris
Les Imperators étaient les généraux qui revenaient glorieux de leurs campagnes de guerre. La célébration de leur victoire se faisait le long de la Via Sacra à Rome jusqu’au temple de Jupiter. A cette occasion, l' Imperator recevait une couronne de laurier, symbole de la victoire, portée au-dessus de sa tête par un esclave qui lui répétait : « memento mori » qui signifie « souviens toi que tu mourras ». Ainsi, l’esclave rappel au général que sa victoire n'est qu'éphémère et qu'il mourra un jour comme tout les hommes. Il lui rappel qu'il n'est qu'un « étant » qui sera amené à disparaître.
Sophrosyne (en grec ancien sophrosúnê) signifie tempérance. C'est la notion complémentaire d'Hybris, ou ce que l'on pourrait appeler son opposé. Elle incarne la mesure, la modération, et une forme d'humilité.
Dans le mythe Thébain de Dionysos apparaît toujours la notion d' Hybris, mais aussi: Dionysos est le Dieu da la vigne, du vin et de ses excès. Dionysos est le fils de Zeus et de Sémélé, une mortelle. C'est un Dieu errant qui ne vit pas sur le mont Olympe. Il incarne aussi la tempérance et le flux mythique qui se manifeste dans le battement qui nous anime : nous représentons le réceptacle de ce qui nous environne à travers les liens que nous tissons avec notre environnement.
Dionysos est un enfant qui va être recueilli par des marins crétois : détail qui nous montre déjà que c'est un Dieu voyageur. C'est marins vont faire acte d' Hybris en voulant rançonner cet enfant qui n'est pas ordinaire : ils vont commettre un péché sacré en voulant rançonner ce Dieu. Ils enfreignent une limite qui est de l'ordre du sacré, qui est hors de leur propre statut social. Ils vont l'emmener sur leur navire, voguer sur les mers et l'enfermer dans leur cave. C'est à ce moment que l'enfant, le Dieu, va se démultiplier, en se transformant en lierre : symbole de la continuité de la vie et de Dionysos même. Les branches de lierre vont se multiplier et s'infiltrer dans le navire de manière à l’entraîner vers les fonds marins et le couler. Les marins vont se jeter à la mer et Dionysos va les transformer en dauphin. La mort des marins est représentée par leur changement de forme en dauphins.
Les marins à travers leur Hybris ont oublié leur tempérance et les lois de l'hospitalité, et en les enfreignant ils sont punis par un châtiment divin.
Les tentacules de lierre font référence au poulpe et au tressage, mais surtout au serpent que l'on retrouve dans beaucoup de mythes thébains (voir cours précédent) : qui représente le cycle de la vie mais aussi le cycle mythique.
Les tentacules de lierre renvoient surtout à la pluralité de Dionysos : c'est un Dieu qui représente la pluralité à partir de l'unité. Dionysos représente une unité qui par la transformation, le changement de forme en un labyrinthe de lierre va se multiplier : il devient alors une forme tressée. L'homme va devenir animal (les marins) et Dionysos n'aura plus besoin du bateau pour voyager.
Alors pourquoi Dionysos a t-il embarqué avec les marins ?
Il a voulu tester l'homme pour voir ses limites et son honnêteté. Il les as testé comme nous testons un groupe de personnes pour voir s'y l'on peut s'y intégrer.
Dionysos est un Dieu voyageur par nature tout comme Apollon : ils ont tout deux le même point d'ancrage, Delphes, mais ils n'y sont pas fixés. Les voyages d'Apollon s'appellent les « épidemia » : c'est le circuit du Dieu qui suit les routes tout comme les aèdes qui content son histoire. La plupart du temps, les aèdes sont des marchands nomades qui suivent les routes marchandes, tout comme Apollon dans son voyage.
Dionysos est un Dieu voyageur par définition car il représente le besoin de contaminer plusieurs contrées comme la Grèce : il imprègne l'espace et se répand. Il y à ici une analogie avec les contes qui se répandent entre les aèdes dans leurs voyages. Il y a une effusion, un échange de pensées qui est propre à l'homme. En grecque, « nomizo » signifie penser. Au sens premier, « nomoï » représente les chants que l'on chantait lors de concours dans le but d'échanger une pensée : il y a donc une circulation de la pensée, un cycle qui se créer.
Dans l'histoire des marins, la démesure des actes de ces derniers représente un viol des « tanomina agrapta kasphalê theôn » : ce sont les lois non écrites et infaillibles des Dieux.
Dans leur acte, il n'y a pas violation de la loi civique, mais de la loi divine, pour laquelle le châtiment est éternel.
Les mythes thébains
Penthée représente la 3ème génération des rois de Thèbes et va aussi commettre un acte d'Hybris. Il est le fils d'Agavé qui est elle même fille de Cadmos, fondateur de Thèbes. Il va commettre une démesure, un hybris : il va refuser la présence et l'influence de Dionysos à Thèbes: tout comme les marins crétois, il refuse le « passage », l' « épidemia » du Dieu. Il va vouloir espionner Dionysos, et les bacchanales qu'il organise : des orgies durant lesquelles des femmes entrent dans une transe semblable à de la folie. Il est démasqué par Dionysos et va être dépecé et éparpillé par sa propre mère et ses deux tantes Ino et Autonoé : il va subir une démultiplication à travers ce dépeçage propre aux rituels de Dionysos.
Nous pouvons constater que chaque mythe thébain est connecté aux autres : il y a un phénomène de tressage à l'origine des liens entre les différents mythes thébains. Penthée est le fils d'une des filles de Cadmos, roi de Thèbes et il fini par se démultiplier.
Cadmos a quatre filles : Sémélé, Autonoé, Ino et Agavé. Penthée est donc le neveu de Sémélé. Elle est aussi la mère de Dionysos, ce qui en fait le cousin de Penthée.
On remarque ici, que le tressage mythique s'effectue à travers la notion de famille et les liens familiaux. On pourrait croire que la famille représente un schéma ou une loi fondamentale qui expliquerait le tressage du mythe, mais il n'en est rien : la famille reste une manifestation du mythe, lié aux repères de notre réalité. Par exemple chez les Maori en Nouvelle-Zélande, la population s'identifie plus à une notion de clan que à une notion de famille. A la tête du clan se trouve la représentation d'un animal : un totem. Les membres d'un même clan se sentent plus proches de leur totem que de leurs propres parents : c'est une notion, un repère qui est aux antipodes de la culture occidentale.
L'Hybris de Sémélé :
Sémélé est une maîtresse de Zeus, qui porte son enfant en elle : Dionysos. Héra, jalouse de cette relation, va lui conseiller de demander à Zeus de se montrer dans son entièreté, sa grandeur : de montrer l'essence de son « être ». Elle demandera alors à son amant de se montrer dans toute sa grandeur, son être entier, à l'humain qu'elle est. L'Hybris de Sémélé est de vouloir voir la vérité en face, de ses propres yeux : elle veut voir la vérité divine alors qu'elle n'est qu'un « étant ».
Elle veut connaître le secret de Zeus, en référence à l'interdit de Pandore. Dans la notion de secret, il y a un mensonge sous-jacent qui existe pour que le secret reste secret. La personne détentrice du secret est alors mythomane : elle crée un mythe autour du secret pour le cacher, le recouvrir, de manière à préserver la vérité du secret. Dans le cas présent Sémélé lui demande de dévoiler son secret, et donc de lui révéler un vérité mythique, incompatible avec son statut d' « étant ».
Zeus cède en la prévenant qu'elle ne supportera pas cette vision : au moment où il se dévoile, Sémélé est foudroyé (punition divine) et sa demeure prend feu. L'enfant qu'elle porte sera recueilli et tressé dans la cuisse de Zeus jusqu'à la naissance de l'enfant : Dionysos. (La cuisse est la source de vitalité du corps dans beaucoup de cultures).
La régénérescence n'est que le passage d'une forme à une autre. Ainsi, la gestation de Dionysos va se poursuivre dans la cuisse de Zeus, bien que celui ci soit un dieu masculin.
Il y a dans l'histoire de Sémélé, une interconnexion avec tout les autres mythes : notamment avec le mythe de Psyché. Psyché déesse de l'âme, va séduire Éros le dieu du désir amoureux, qui est lui même amoureux de cette dernière. Il rend Psyché folle de bonheur mais le compromis de cette union est qu'elle ne peut jamais le voir, mais seulement le toucher, le ressentir. L'organique et le tactile ne sont qu'une manifestation du mythe ici. Psyché est curieuse : c'est une hybride à moitié humaine, et c'est ce qui va la pousser à chercher la vérité et à commettre son acte d'Hybris. Psyché est une fille tellement belle est adorable qu'elle va attiser la jalousie des ses sœurs (on remarquera que Sémélé aussi a des sœurs). Elle vont l'interroger sur cet amant qu'elle n'a jamais vue. Elles la mettent en garde sur un serpent qu'elles ont vu dans son lit mais qui ne veut pas se montrer, et qui serait la forme que prend son amant dans le but de la dévorer. Ne pouvant se retenir, elle prépare une bougie, et après le coït Éros s’endort. Elle allume alors la bougie et voit le corps d’Éros, la vérité divine et mythique qu'elle était défendue de voir. Une goutte de cire coule sur Éros et le réveil : il va alors abandonner Psyché à son sort, furieux d'avoir été trahi.
Dans ce mythe, il y a une connexion avec Sémélé, à y travers la manifestation de leurs sœurs.
Penthée est le fils de Sémélé et d'un Sparte, Echion (Spartoi en Grec ancien, qui n'a aucun rapport avec la ville de Spartacus). Un « spartos » est un « homme semé », qui renvoie au premier mythe thébain, celui de Cadmos :
Cadmos à son arrivée sur le futur site de Thèbes, est confronté à un dragon qu'il va tuer : Athéna lui conseil alors de semer les dents du dragon. Une fois les dents semées, il va en germer des spartoï, des « hommes semés », qui sont le résultat d'un tressage : celui qui va mener à la création de la cité de Thèbes. Le mot Spartoï vient de Speïren qui signifie « la spirale » et de Spartê qui signifie « corde tressée » : origine de la nature tressée de ces hommes. Ce tressage des Spartoï a d’ailleurs une origine dans les anneaux du serpent et de la spirale qu'ils représentent.
Lorsqu'il tue le dragon, Cadmos ne fait pas disparaître le dragon, mais il l'assimile : il devient le dragon lui même dans le mythe. Cette assimilation se justifie dans la scène où il sème les dents du dragon qui vont devenir une nouvelle génération d'hommes.
Cadmos est un sauroctone : un tueur de dragon, tout comme Apollon lorsqu’il tue le Python à Delphes. Apollon en tuant cette dragonne, va l'assimiler et devenir à la fois un mâle et une femelle. Cadmos lui devient « fils de dragon » et représente ainsi un lien possible entre les différents mythes thébains. (en référence à l'un des six points du cube, cours 6).
Un Spartoï est un devin, un chaman ou un passeur selon les appellations. Il a le même statut que Calchas devin de Troyes ou Tirésias devin de Delphes : ce sont des hommes aveugles car ils ont gardés les stigmates de leur vision de la vérité, de leur rencontre avec les dieux. Ce sont des hommes qui voient autrement que par la vue : ils possèdent le « 3ème œil » qui permet de voir l'invisible, voir une autre réalité que la notre. Ils peuvent des manifestations de l'éternité que nous ne pouvons percevoir, et qui leur permet de prédire des événements.
Calchas est un devint qui va prédire de nombreux événements concernant la guerre de Troyes, et il décrit la catastrophe qui va s'abattre sur Troyes en rapport à un serpent.
Tirésias appartient aussi au mythe thébain et va s'illustrer dans 3 événements mythiques :
- Sa cécité provient de son Hybris : il a vu Athéna nu. Il voit la sagesse dans son entièreté et n'étant qu'un homme, il va subir la punition divine.
- Il intervient dans le mythe d’œdipe et le prévient qu'il ne faut pas qu'il se mette à la recherche de la vérité : il ne l'écoutera pas et finira aveugle lui aussi.
- Dans le mythe thébain, Tirésias va séparer deux serpents qui s'accouplent avec son bâton et va presque tuer le serpent femelle. A ce moment précis, il est transformé en femme. Cette transformation durera 7 ans jusqu'à ce qu'il recroise deux serpents qui s'accouplent : il réitéra son acte et recouvrira son sexe masculin.
Ainsi dans ce labyrinthe de mythes, il a des interconnections qui se font écho et qui sont la manifestation même du tressage mythique.

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