lundi 17 décembre 2012

Cours n°10


Cours 10




Définitions :



Avatar : (Dictionnaire de l'académie française)



 Emprunté du sanscrit avatara, « descente sur terre d'êtres supraterrestres », composé de ava, « en bas », et d'un dérivé de tarati, « il traverse ».




Catharsis : (Dictionnaire de l'académie française)



Emprunté du grec katharsis, « purification, purgation ».




Penchant : (Dictionnaire de l'académie française)



 Propension, inclination naturelle .





La notion de démembrement.



Il y a un lien indéniable, un tressage entre Dionysos et Zagreus, dans le mythe de Zagreus et des titans :



Héra envoie des titans à la poursuite de Zagreus enfant, dans le but de le tuer. Les titans vont réussi à amadouer Zagreus avec des jouets et notamment des miroirs : Zagreus se donne à la multiplicité des miroirs qui lui sont présentés. Zagreus se voyant dans ce se jeu de miroir, éprouve un plaisir de ce qu'il ne possède pas : il possède l'unité mythique, il est « un ». A travers les miroirs il passe de l'unité à la multiplicité, en se dédoublant dans ses reflets. Les titans vont le démembrer, le mettre en pièce et dévorer son corps à l'exception de son cœur : il rejoint le mythe de Dionysos car tout comme lui il est dévoré par les titans et la seule partie qui restera de son corps sera le cœur. Ils sont tous deux disloqués dans la multiplicité : il sont éparpillés dans le tout, et donc sont donc assimilés par l'univers. Le cœur, que ce soit celui de Zagreus ou de Dionysos, sera recueilli par Athéna. Dans le mythe de Zagreus, le cœur sera donné à Zeus qui l'implantera dans une jeune vierge : Sémélé. Cette transplantation du cœur de Zagreus a un lien direct avec celle de Dionysos : il représente le cœur de Dionysos. Il y a un tissage entre ces deux personnages qui peut amener à représenter Zagreus comme l'avatar de Dionysos.

Le caractère réel du mythe quel que soit sa version rejoint l'aspect d'un réseau, d'un labyrinthe, d'une transplantation entre mythe et d'un tissage des éléments : ici le cœur représente ce lien à travers le tissage et la transplantation.


Nietzsche possède une théorie qui s'illustre à travers Dionysos et Apollon :



« À Apollon correspond la contemplation sereine du rêveur qui a cessé de vouloir, c’est le dieu de l’individualité, de la mesure, de la conscience. Dionysos au contraire nie le principe d’individualité pour célébrer sauvagement la réconciliation de l’homme avec la nature. »



Il fait l’erreur d'opposer Apollon et Dionysos car dans le mythe, ces deux êtres ce sont pas des contraires : ils se complètent.



Le tressage mythique possède un analogie significative avec la génétique et notamment le brassage génétique : nous représentons un brassage de gènes qui perdurent et se mélangent, se tressent depuis des générations et qui se se manifeste à travers notre existence. Si l'on élargie ce schéma à l' « être » que nous représentons, nous sommes constitués de milliers de fragments d' « êtres » : nous sommes kaléidoscopique.

Zagreus est un personnage qui s'est démultiplié dans l'éternité mythique. Dans la continuité de ce raisonnement, on peut affirmer que l'humain possède en lui une partie de l'unité de Zagreus, dans le tressage mythique qu'il représente.





Représentation du démembrement :



British Museum, Le supplice de Dionysos, Vase attique, IVe siècle av. J.C.










Le personnage de gauche porte le Thyrse : un long bâton évoquant un sceptre, orné de lierre et surmonté d'une pomme de pin, qui est l'attribut majeur de Dionysos. Dionysos regarde le personnage du milieu qui a le même physique que lui : ce personnage porte un enfant désarticulé, démembré, qui résulte d'un sacrifice, d'un rituel qui touche la multiplicité. Le personnage de droite, physiquement semblable aux deux autres, semble être un initié qui prenait part au rituel : on pourrait croire qu'il fuit la scène. Il semble fui épouvanté par le sacrifice : en réalité il ne l'est pas car il continue de regarder la scène même si il marche dans le sens opposé.



L'enfant qui est dans les bars du grand prêtre est Zagreus qui rappelons le, est l’avatar de Dionysos. Ainsi le dieu ordonne son propre abandon, sa propre multiplication. Il passe de l'unité au multiple par le démembrement. Le dieu Dionysos à gauche est aussi le personnage du milieu : il ordonne donc son propre démembrement. A droite, le personnage est aussi une représentation de Dionysos qui avance en regardant derrière lui son propre sacrifice : il n'est pas dans la fuite.



La signification de son acte est la suivante : il va dans une direction qui représente «  ce qu'il va devenir », tout en regardant « ce qu'il a été ». Il n'oublie pas qu'il est à l'origine d'une démultiplication et se dirige vers son « destin », ce qu'il va devenir. On ne grandit pas indépendamment de ce que l'on fut mais en demeurant ce que l'on a été : l'homme grandit à partir de l'enfant qu'il est. Pour imager ces propose, nous pouvons prendre l'exemple de la plante qui regarde vers le ciel, et qui pousse vers le haut, mais qui pousse grâce à ce dont elle se nourrit dans le sous sol où demeurent ses racines.



Cette signification a un rapport direct avec les Moires, qui sont les déesses du destin. Elles sont trois divinité : Clotho, Lachésis et Atropos. Leur rôle est de « dispenser aux hommes les biens et les maux ». Clotho signifie « la fileuse », elle st celle qui tresse « le destin ». Lachésis signifie « la réparatrice », elle est celle qui tient la bobine de fil et qui le déroule. Quand à Atropos, qui signifie « l'implacable » ou « celle qui ne se tourne pas », elle est celle qui coupe le fil. Leur travail de filage s' achève au moment de la naissance et se poursuit pendant toute la vie d'un être jusqu'au moment où tout le fil a été entièrement déroulé du rouet : Atropos coupe alors le fil.



Leur représentation dans « Le Triomphe de la mort ou les Trois Destinéestapisserie  flamande (v. 1510 -1520 ) », est très similaire à la représentation de Dionysos que nous avions évoqué précédemment. Dans cette représentation, les trois divinités danse sur une femme qui représente « Cathareuetes », la Catharsis. Cathareuetes signifie «  celle qui est élaguée, purifiée ». C'est une vierge, qui représente la pureté originelle, dans le sens ou elle n'a pas encore la capacité d'expérimenter, d'aimer ou être aimé. Les trois divinités dansent sur elle pour émettre un symbole : celui d'une continuité, d'un battement, d'un élagage , pour favoriser son développement. C'est une vierge qui est dans l'attente de son destin et qui sera « formée » à partir du moment où le sort de son existence sera donné par les divinités : elle est dans l'attente du tressage de son destin. Dans cette représentation, Clotho et Lachésis sont les seules à regarder le spectateur : Atropos « l'impassible » est la seule à détourner le regard : le même regard de Dionysos qui regarde son propre sacrifice.



Cette représentation rejoint celle de Dionysos dans le sens où elle représente la multiplication que chacun de nous est ou devient : le tressage mythique lié à la multiplicité, que l'on retrouve à travers la notion de « destin ». Cette multiplicité qu'évoque Dionysos se traduit par « les biens et les maux » que les Moires distribuent aux hommes. Ce ne sont pas des contraires dans le mythe, mais des notions qui, rappelons le, se complètent.

Ainsi, pour se connaître soit même, il faut s'abandonner à cette multiplicité : accepter d'être à la fois bon et mauvais, laid et beau. Il faut accepter l'intrication des complémentaires. Nous continuons d'être des monstres (« celui qui montre »), lorsque nous voulons justifier nos penchants. S'abandonner signifie que nous acceptons de faire apparaître l'épanouissement : nous n'avons plus rien a démontrer, à justifier de nos bons et mauvais côtés car nous sommes purifiés par l'acceptation de cette multiplicité. Nous ne sommes alors plus que des « étant » avec toutes les contradiction qu'il implique.



S’abandonner à une multiplicité, c'est refuser de ne considérer que le bon penchant et accepter que dans le bon penchant il y a un mauvais penchant et vice versa (le yin et le yang). Il s'agit d'accorder toute sa valeur à son instinct bestial : la beauté de l'existence n'est pas dans le souhait de devenir un saint. Hors de la notion de Saint ou de Démon, il faut réussir à ressentir le tressage qui nous entoure et se décentrer de ses propres certitudes : le « moi je pense », « moi je dis ».



Le mythe de l'androgyne est de considérer que nous avons une part de féminité et de masculinité, en chacun de nous, en plus d'une part qui nous pousse à aller vers les autres : le genre « un ». Ce genre peut être considéré comme neutre, et représentatif du tressage qui nous constitue et qui nous pousse à créer des liens, un tissage avec les autres et leur multiplicité. Ce genre sera d'ailleurs combattu par les dieux Olympiens car ils ne représentent que le genre masculin ou le genre féminin.



Cet abandon de soi se nomme : ENCATALEIPSIS. C'est l'acceptation du risque, du changement, du dynamisme.



Dans la représentation Dionysiaque, le personnage de droite qui regarde en arrière et qui cour vers l'avant défini ce dynamisme : il ne fuit pas ce sacrifice, mais il le regarde pour se souvenir qu'il provient de ce sacrifice et qu'il se dirige dans une direction qui vient de ce sacrifice.



Prenons l'exemple des moines du Sinaï :



Ils combattent la tentation de la chair, la « pornographia », l'avarice, la colère et tout les vices attribués à l'homme. Malgré leurs efforts et leur combat, il reste encore un démon en eux, qui fait ressortir tous les autres : celui de la « vaine gloire ». La vaine gloire représente le désir d'obtenir de la considération à travers un acte héroïque, même si cet acte représente un accomplissement personnel et qu'il est hors de toute intentionnalité.

Ce phénomène met en avant l'idée nous en avons jamais fini avec la tentation et les penchants. Il faut se réconcilier avec ses penchants en considérant que dans le mauvais penchant, il y a aussi le bon penchant.

Nous existons à travers l'abandon au penchant : ce n'est pas une régression, mais plutôt un « lâché prise » de nos certitudes.



Le professeur utilise un exemple de la vie courante pour illustrer ces propos :



Lorsque nous avons un ami qui nous annonce une très bonne nouvelle, nous allons dans son sens. On va apporter à cet ami ce qu'il attend de nous : une écoute. Il a besoin que l'on se « penche » vers lui. Dans ce penchement, on peut se découvrir une capacité d’hypocrisie. Mais c'est surtout une capacité d'écoute qui se révèle lorsqu'on va dans son sens : elle nous procure de la joie. Fondamentalement, la nouvelle de notre ami ne nous intéresse pas : mais dans l'écoute de l'autre, nous abandonnons nos certitudes, et nous acceptons de nous comprendre.

L' Encataleipsie est aussi la faculté que nous avons à nous étonner lorsqu'un événement remet en cause nos certitudes.




Nous avons choisi le film « V pour Vendetta » (James McTeique 2006), pour mettre en valeur la notion de multiplicité et de tressage mythique :



Dans se film, l'héroïne Evey Hammond, va être torturé et interrogé dans le but de découvrir l'identité d'un dangereux criminel aux yeux de l'état. Elle va alors s'abandonner à elle même et oublier toute ses certitudes : elle se rapproche de son être et du mythe, à travers son expérience d'Encataleispsis qu'elle vit dans sa cellule. A sa sortie, la première chose qu'elle fait est de sortir à l'air libre sous la pluie, et plus proche que jamais de son être et du mythe elle dit : « Dieu se trouve dans chaque goutte de pluie ». Elle exprime ainsi, de façon imagée, la multiplicité de Dieu et du mythe qui se trouve en chacun de nous et en chacune des particules de l'univers. En se rapprochant d'elle même et de son « être », elle s'est aussi rapprochée du tressage et de la multiplicité mythique.






Le banquet de Platon et l' Encataleipsis (corpus 3)



Le banquet de Platon se définit en deux moments : le moment qui ouvre le banquet et le moment qui le ferme.

C'est l'historie d'Arsitodème qui accompagne Socrate au banquet d'Agathon. Il est invité par Socrate, qui a un penchant pour cet ami. Les compagnons marchent vers la demeure d'Agathon lorsque Socrate qui ralenti sa marche au fur et à mesure, demande à son compagnon d'aller vers la maison sans se soucier de lui. Aristodème arrive seul chez Agathon, qui l’accueille avec une hypocrisie bienveillante en lui demandant où est Socrate. N'ayant pas de réponse, Agathon envoie un esclave à sa recherche : il a trouvé Socrate prostré dans le vestibule des voisins. Le banquet commence sans Socrate qui n'arrivera qu'à la moitié du festin : les convives commencent alors à disserter sur l'amour. Quand Socrate arrive, Agathon lui demande ce qui l'a retenu dans ce vestibule : on se saura vraiment la signification de cette prostration que à la fin du banquet. On apprend alors que Socrate est dans le « pli de sa pensée » : son esprit se situe à la formation de sa pensée, il est en connexion avec le mythe. Il s'est abandonné à lui même et ses penchants. Socrate, dans ce vestibule, vit un état d'Encataleipsis : il lâche prise, et abandonne ses certitudes. On ne saura pas ce qui s'est passé dans la tête de Socrate à ce moment précis.



Le vestibule représente l'espace devant la porte des demeures : c'est un espace sacré où parfois les morts sont enterrés. Ce n'est donc pas une coïncidence si sa connexion avec le mythe se fait dans se vestibule : il est en totale résonance avec ses ancêtres, qui représentent dans le tressage mythique, ce qu'il a vécu et ce qu'il est en train de vivre. Il se trouve dans un état qui est hors de tout raisonnement : il se trouve en approche avec son être.



Lorsqu'un ami nous confie une lourde pensée, qui touche nos émotions, il se produit un phénomène de concentration maximal : on écoute son ami au point d'être frappé par ses dires de manière à ce que cela nous renvoie à notre propre sensibilité. Nous oublions nos certitudes et entrons en état de Encataleipsis. Cet état est temporaire, et lorsque l'on s'abandonne à cette dynamique, il se produit une coïncidence : il y a un penchant pour l'autre, qui entraîne un phénomène d'identification de son être dans les propos de l'autre. A travers l'écoute de l'autre se produit en nous un phénomène de catharsis.

Il faut donc être en résonance avec l'autre pour finalement se retrouver en résonance avec soi même.



Dans la seconde partie du banquet, il y a des fêtards qui prennent part au festin et tout le monde se morfond dans l'ivresse de l'alcool. A la fin du banquet, tout le monde dort ivre mort, sauf Aristodème qui se réveille et qui décrit la scène qu'il voit. Il raconte que à la levée du jour, à l'aube, une révélation se manifeste : Aristophane, Agathon et Socrate sont toujours assis à discuter et à boire. Socrate n'est pas ivre et son discours est la mise en mot de ce qu'il a perçu dans le vestibule. Il dit à Agathon qui est auteur de tragédie, et Aristophane auteur de comédie, que le dramaturge est fondamentalement celui qui fait des tragédie et des comédies. Ses propos signifient que l'unité mythique émerge dans la multiplicité.



Socrate devient mythe alors qu'il n'est pas encore mort. Il boit la cigüe, condamné comme celui qui a corrompue la jeunesse en lui donnant la possibilité d'avoir une liberté de penser. Socrate aurait pu fuir et partir mais il lâche prise et décide de se laisser exécuter : il meurt.

Ses dernières paroles çà ses disciples effondrés sont : « N'oublie pas, nous devons sacrifier un coq à Asclépios ».



Asclépios est le dieu de la médecine, mais aussi un dieu chaman : au moment de mourir
Socrate renaît à travers le mythe. Il utilise cette dernière phrase dans le but d'évoquer la tolérance mythique, pour lesquelles il a été lui même condamné : du sacrifice de l'un dépend le salut des autres.







3 commentaires:

  1. Salut!
    Je suis un L1 de cinéma&audiovisuel un peu paumé. J'aurais deux questions :
    - Le partiel d'histoire des mythes est lundi à 18h30 alors ? Ou on est convoqué autre part ?
    - Ou et quand aura-t-on les résultats des partiels ?
    Merci beaucoup, ce blog est génial!

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    1. Oui le partiel aura lieu lundi à 18h30 dans l'amphi A. Pour les résultats des partiels Monsieur Pilorget nous en parlera lundi.

      Bonne révision,
      Romain et Dorian

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