Cours 5
Définitions :
Tressage : (dictionnaire Cnrtl)
1) Assembler, entrecroiser des matériaux pour en faire une natte, une tresse, un objet.
2) Former, constituer.
Surnaturel :
1) Qui appartient à un univers supérieur au monde terrestre.
2) Qui ne relève pas des lois de la nature, d'un système d'explication rationnel.
3) Qui procède de Dieu, d'une puissance divine.
Halloween : (Wikipédia)
L'Halloween est une fête folklorique et païenne traditionnelle ayant une lointaine origine celtique.
C’est la période de possibles rencontres mythiques entre certains hommes et les dieux.
Ceci implique généralement la mort, la magie ou des monstres mythiques.
Traduction du Grec :
Epithumia : la convoitise, la passion, le désir pour ce qui est défendu et la luxure
Thumos : l’éclat et la passion.
Notion de Tressage et de Discontinuité dans le mythe.
La discontinuité représente ce qui apparait en alternance, mais qui est là, qui est perceptible. Ce n’est pas quelque chose qui existe en alternance, mais quelque chose qui apparait en alternance. Un phénomène discontinu est continu dans son existence mais il nous apparait (à travers nos repères) de manière discontinue. Il en est de même pour la manifestation du mythe dans nôtre réalité : c’est une manifestation discontinue. Prenons l’exemple d’un cour d’eau. Nous pouvons entendre le son de ce cour d’eau sans le voir et soudainement voir l’apparition de ce cour d’eau : le mythe représente cette source, qui est l’origine du cour d’eau et le son du cour d’eau est la manifestation du mythe dans notre réalité. Le mythe est la depuis toujours : il n’a pas de début ni de fin. Il est invisible mais il surgit de façon discontinue à certains moments en se manifestant à travers des phénomènes perceptibles.
Nous allons développé le terme Halloween et sa signification à travers le mythe.
Halloween provient de la racine anglaise « Hallow » qui signifie « la toussaint » et de « Eve » qui signifie « la veille » : donc littéralement « la veille de la toussaint ».
Halloween correspond à un instant mythique qui se traduit par le moment entre la nuit et l’aube : à l’aboutissement de la nuit et au commencement de la journée. C’est un moment intemporel, imperceptible, qui représente un cycle de saisons (ou les nuits deviennent plus longues). C’est aussi un moment de réunion : on célèbre l’union nouvelle et la renaissance d’une concordance entre le monde visible et invisible. L’origine de cette célébration est celte et se nomment Samain, qui signifie « réunion ». C’est un moment qui imperceptible mais que l’on peut pressentir, qui est de l’ordre du ressenti. Cet événement représente une discontinuité dans l’apparition du mythe : c’est un moment pendant lequel il peut se créer un lien entre les êtres vivants et le mythe. Halloween représente le mythe dans le sens où il n’y a pas de notion de présent, de passé, ou de futur : Halloween représente un moment où tout ces temps sont « intriqués » et représentent un tressage qui permet aux hommes de se lier au mythe. Le mythe est éternel, mais l’intrication des temps comme le « présent » ou le « passé », va permettre la création d’un lien mythique.
Le mythe est éternel, mais il représente le tricot qui relie les différents temps de notre réalité : il y a un tressage entre ces temps qui témoignent de l’influence du mythe sur notre temporalité, même si nous ne pouvons le percevoir. Il est celui qui tisse les liens entre passé, présent et futur.
Le symptôme de ce tressage est que nous portons en nous ceux qui vont arriver et ceux qui ont été : nos ancêtres et les futures descendances. Même si nous ne pouvons les voir, ce tressage du mythe est la preuve de leur existence : elle est de l’ordre de l’invisible. Les morts sont apparus dans la réalité et les descendances apparaitrons, mais ils existent pour l’éternité à travers le mythe. Nous ne pouvons représenter ce que nous ne pouvons pas voir mais le cinéma par exemple a une force qui permet d’interpréter ces propos : le pouvoir de la suggestion qu’il y a au-dessus de l’image.
Halloween est un spectacle, une fête : c’est le moment où les enfants vont porter les stigmates de la mort. Ils imitent leur vision de la mort. A ce moment il y a une interpénétration entre la vie et la mort avec ces enfants qui se déguisent en « morts » : cela représente l’interpénétration des contraires dans le mythe qui rappelle qu’il n’y a pas de contraires dans le mythe (penser à la notion du Ying et du Yang).
« Jack à la lanterne » est le personnage symbolique de la fête d’Halloween. Il entre dans la discontinuité et le tressage à travers un symbole de notre réalité : la citrouille. Elle représente symboliquement la manifestation de ce personnage mythique dans notre réalité.
Jack est un personnage opportuniste qui ne jouit pas de ses opportunités lorsqu’elles se présentent à lui : il est dans l’Epithumia. L’Epithumia représente la convoitise, la passion, le désir pour ce qui est défendu et la luxure. Jack peut aussi être définit dans le terme avare qui est « celui qui ramasse », ou encore thumos qui est « l’éclat et la passion ».
Le terme Epithumia a un rapport avec Gaïa, la déesse mère, source de toute vie et représente un état de « fermeture ». Cette notion se trouve en opposition (complémentarité dans le langage du mythe) avec la notion de Thumos, en rapport à Chaos, entité à l’origine du monde, qui représente un état «d’ouverture ». Ces deux termes complémentaires sont animés par Eros, Dieu du flux sensuel et de la sensualité, qui va créer le battement, l’alternance de l’une à l’autre de ces notions. Il représente la discontinuité entre ces deux notions que l’on retrouve chez Jack.
Il y a dans ces termes qui définissent Jack, un flux mythique. Jack est un personnage qui naît au niveau d’Epithumia : il est avare, c’est un pic sous, et il représente celui qui veut garder la vie. De plus, il est maréchal ferrant, et travail avec l’eau et le feu, le marteau et l’enclume : il est créateur (en référence à Thumos). Il est celui qui peut créer le battement : l’alternance entre Epithumia et Thumos.
Dans l’histoire d’Halloween, Jack rencontre le diable dans une taverne. Le diable propose à Jack de vendre son âme. Il se transforme alors en pièce (monnaie) dans le but de payer à boire pour Jack mais ce dernier l’enferme dans sa tirelire : il garde le diable emprisonné. Le marché proposé par le diable à Jack et de le libérer en échange de la promesse qu’il ne le dérangera pas pendant un an. Durant cette année, Jack n’est pas dérangé par le diable mais il ne vit pas vraiment car il est dans l’Epithumia : il est avare et cherche à conserver sa vie au lieu de la vivre, de l’utiliser. Un an plus tard, Jack recroise le diable qui lui réitère sa proposition : Jack enferme cette fois-ci le diable dans un arbre grâce à une la croix du christ. Le diable lui propose à nouveau de le libérer et de lui assurer la tranquillité une année de plus. En fin de compte, Jack va mourir sans jamais avoir vécu sa vie : il n’a jamais généré de « battement », alors qu’il avait la faculté de le faire. Il n’ira donc ni au paradis, ni en enfer et sera contrains à marcher pour toujours dans les abîmes : dans l’obscurité, le néant. Il va demander au diable une lanterne pour l’éclairer dans l’obscurité : c’est comme cela qui devient Jack à la lanterne et qu’il ère dans le néant pour l’éternité.
Dans les moments privilégiés comme Halloween on peut rencontrer Jack : il est présent dans chaque citrouille évidée. La bougie qui est mise dans la citrouille représente symboliquement sa lanterne. Cette citrouille est comparable au mythe de la caverne de Platon : la « vérité » est représenté par la bougie qui est la source de lumière. Lorsque nous regardons la citrouille, nous ne voyons que les reflets de la lumière sur les parois de la citrouille qui donne l’impression, l’illusion, que la citrouille s’allume d’elle-même, qu’elle s’anime. La lumière représente aussi Jack qui est lié au mythe, et dont nous ne voyons que les reflets, qui représentent la manifestation de Jack dans notre réalité : nous ne pouvons pas voir Jack, mais seulement ressentir le lien qu’il crée avec nous à travers la bougie.
Si l’on généralise nos propos précédents à une échelle plus large, nous pouvons dire que ce que nous voyons de notre monde ne sont que des manifestations discontinues de ce qui est invisible. Nous ne sommes que des êtres apparents, des « étant », des êtres sensitifs (rapport à la notion de repère), qui suggérons quelque chose de beaucoup plus vaste dont nous sommes le résultat : « l’être ».
Le terme « Hollow » possède une autre signification : il veut aussi dire « le trou, le creux ». Cette notion se rapporte à l’action d’évider la citrouille : on fait un creux dans la citrouille et on la vide de son contenu, dans le but de ne laisser que les parois.
Le professeur utilise un exemple pour approfondir la notion de « Hollow » de « creux » : le film « Sleepy Hollow » de Tim Burton, qui signifie littéralement « le creux dormant » et qui appartient au genre fantastique. Dans ce film l’inspecteur Ichabod Crane va devoir inspecter sur des faits surnaturels. C’est un homme qui ne croît pas au surnaturel et qui base sa réflexion sur la logique et le « Logos » (cours 1). Il ne croit pas aux événements surnaturels et c’est ce qui va le mener à ne pas pouvoir découvrir la vérité sur son enquête. Il n’accepte pas la manifestation intermittente du mythe dans la réalité, qui est sous-jacente au terme « surnaturel ». De plus, du fait qu’il n’accepte pas le mythe il ne peut pas se comprendre lui-même : il découvrira que son passé, donc ce qui le définit, à un lien avec l’enquête qu’il mène et qui est de l’ordre du surnaturel. Il doit accepter la manifestation du mythe dans sa réalité, pour comprendre son passé (qui il est) et résoudre son enquête.
Cette manifestation du mythe est discontinue par définition, et elle est représentée par un creux, un évidement : dont le symbole dans le film est le cavalier sans tête. Le creux évoquée ici est le même que celui de la citrouille d’Halloween : il représente le trou, la discontinuité par laquelle passe le mythe pour se manifester.
Nous allons évoquer plusieurs exemples de la manifestation du mythe à travers le « creux » :
・ Misraïm pour les juifs, représente l’Egypte. Ce terme est aussi le nom du petit fils de Noé dans la Genèse et il signifie « bassin ». Ce terme a donc un rapport au « creux » dans lequel repose le bassin et est lié au mythe : il a un rapport à la fête de Pâques qui est une renaissance.
・ Carnem levare était l’expression latine par laquelle, au Moyen Age, on rappelait la prescription de l’Église de ne plus manger de viande dès le premier jour du Carême : durant laquelle il ne faut pas « enlever la chair ». C'est le lendemain d'un carnaval durant lequel on a célébré la réunion entre la vie et la mort : on fini par brûler le Dieu du carnaval à la fin du carnaval, dans le but d'assurer la fécondité de la terre en exorcisant la mort.
La notion de Tressage et Multi tressage :
Le terme Poluplokôteros signifie « multi tressage ».
Nous vous invitons à aller voir le site de Francis Rafaël Jacq « ma vie en réseau » , duquel nous avons tiré cette citation pour pouvoir expliquer le tressage et l'origine du mot Poluplokôteros :
« « Pour les Grecs, le poulpe est un nœud de mille bras, un réseau vivant d’entrelacs, un poluplokos .. épithète ¨qui désigne le labyrinthe, ses dédales, son enchevêtrement de salles et de couloirs » (M. Détienne et J.P. Vernant). (…) Roger Caillois remarque que dans l’Antiquité, le poulpe passe « pour un modèle de prudence et de sagacité», car il a cette faculté extraordinaire d’accommoder sa couleur au fond duquel il repose. Oppien note que par cette ruse « il dupe ses ennemis et se procure sa nourriture » et Athénée cite une maxime d’Euripolis selon laquelle « un homme qui gère les affaires publiques doit dans sa manière d’agir, imiter le poulpe ». (…) »
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Pour bien comprendre cette notion, nous allons mettre en avant l'analogie entre le Python qui est un animal mythique, Pythie la grande prêtresse d' Apollon, Delphes qui est un sanctuaire instauré par Apollon et Eros le Dieu connecteur entre le monde des morts et des vivants.
Dans la mythologie grecque, Python est un serpent monstrueux qui garde et veille sur l'oracle de Delphe consacré à Thémis (une titanide). Apollon va tuer le serpent et se rendre maître de l'oracle : qui est depuis nommé Pythie. Elle est la grande prêtresse d'Apollon et de l'oracle de Delphes et elle est le conducteur entre le monde apparent et l'invisible : elle connecte l'homme et Dieu. Par la suite Apollon va détourner un navire crétois dans le but de faire venir des prêtre à Delphes pour le culte de Pythie.
Ainsi on peut constater que la création de Delphes a pour origine un tressage entre différents événements qui lient les Dieux et les vivants. C'est Eros, Dieu de la sensualité, aussi celui qui créer le « battement » et le qui est connecteur entre le monde des morts et des vivants, qui va permettre ce tressage et la manifestation du mythe dans notre réalité par la création de Delphes.
Ce tressage rejoint la notion de Pluplokôteros car il est à l'origine d'un autre tressage et d'un labyrinthe d'événements : le mythe d'Apollon conquérant explique la fondation des premières colonies grecques et de l’expansion de son mythe dans ces colonies. Dans la continuité de ce tressage sera fondée la Grèce antique tel que nous la connaissons.
(Les propos suivants seront approfondis dans le cours 10)
Le tressage dont nous parlons est présent en chacun de nous et il représente tout les liens qui ont été tissés dans notre «être » et dans l’éternité qu'il représente. Cela n'a pas de rapport avec ce que nous pouvons appeler notre « vécu », qui correspond à notre expérience en tant que « étant », qui n'est que éphémère. Notre « être », ce qui nous définis profondément, est la résultante d'un tressage mythique. De plus, comme nous l'avons vu, cet « être » peut se manifester dans notre réalité, à travers la discontinuité mythique.
Socrate dit que toutes les contradictions qui nous constituent ne doivent pas être reniés mais plutôt êtres suivie par nos conscience : elles représentent l'essence du tressage de nôtre « être ». Il suggère qu'il faut s'abandonner à ces contradictions en les acceptants non pas comme des contraires, mais plutôt comme des complémentaires.
Il explique aussi que cet « abandon » de soi, de ses propres certitudes et l'acceptation de ses propres contraintes peut permette à l' « être » de se manifester en nous : nous avons alors accès à notre propre vérité. C'est le cas de Socrate, et c'est pourquoi nous l'avions précédemment définis comme un être multi tressé.
Il affirme par ailleurs, que le phénomène de répétition est indispensable pour accéder à cet état « d'abandon des certitudes » et de la manifestation de « l'être » en nous. En effet, le phénomène de simultanéité d'événements qu'implique la répétition, permet l'apparition de souvenirs qui sont une résurgence mythique tricoté en nous, intriqué. A chacun de ces souvenirs que l'on peut revivre à travers une répétition resurgit la narration mythique.
Nous ne pouvons pas percevoir la simultanéité : elle représente le présent, que l'on peut imager par un « point » dans le temps. Or, le présent n'existe fondamentalement pas, car c'est un instant éphémère que l'on utilise comme repère pour nous situer : le présent n'est que l'intrication du passé et du futur.
La notion de BOUSTROPHEDON ( le professeur a souligné l'importance de cette notion en cours) :
Le boustrophédon est une écriture serpentine sans discontinuité qui change alternativement le sens du tracé ligne après ligne (définition Wikipédia). La racine de ce terme est grecque et signifie « bœuf » ou « action de tourner » en référence au bœuf marquant les sillons d'un champ, en allant de droite à gauche puis de gauche à droite. Il faut savoir que le Grec s'est d'abord écrit de droite à gauche.
serpentine sans discontinuité qui change
« … tnemevitanretla
Cette écriture représente le flux du mythe, qui est continue et éternel. Le boustrophédon représente ce cycle où il n'y a ni début, ni fin : ce que nous prenons pour la fin d'une histoire n'est que le commencement d'une autre. L'écriture serpentine est d'ailleurs une référence directe au serpent mythologique qui se mort la queue : l'Ouroboros qui représente le cycle éternel de la nature.
Note : Attention, il ne faut pas confondre la continuité du mythe, et sa manifestation dans notre monde qui est discontinue.
Dans le prochain cours nous parlerons de « l'heure zéro », de Pascal Thomas, qui met en évidence la notion de tressage mythique.


Je me permet juste de préciser que "eve" signifie "veille" et "hollow" signifie "toussaint", et non l'inverse. Petit détail mais je pense qu'il est important d'être exact !
RépondreSupprimerNéanmoins merci beaucoup pour ce blog qui m'aide énormément dans mes révisions. C'est vraiment une initiative formidable :)
Petite erreur corrigée. Effectivement il faut être exact. Merci à toi et bon courage pour les révisions.
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